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Fragments métaphysiques 15

  • christophe lartas
  • 1 févr.
  • 3 min de lecture

Fragments métaphysiques (2025) 15


Passage de l'ange du soir©collage, Nathalie Géraux
Passage de l'ange du soir©collage, Nathalie Géraux

Fragments métaphysiques 15


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Les lois universelles étant ce qu’elles sont, avec l’énorme poids de l’incarnation terrestre, il semble évident que si, par extraordinaire, des scientifiques parvenaient à donner l’incontestable preuve de la survie de la conscience humaine après la mort, je ne pense pas qu’il se produirait un profond changement de paradigme sur la Terre. De fait, si cette révélation provoquerait sans doute une sorte d’apaisement généralisé en amoindrissant fortement chez des milliards d’êtres humains la terreur panique de la mort, ou la peur parfaitement naturelle de celle-ci, en offrant une espérance presque certaine de vie éternelle, il est rien moins que sûr que cette pacification des esprits perdurerait, fût-ce chez une partie importante de l’humanité, eu égard aux lois universelles susnommées. Les voix tonitruantes de l’égo, telles un torrent écumant et impétueux, passés quelques mois, ou, au mieux, quelques années, d’une très relative accalmie des sociétés, retrouveraient toute leur prééminence sur les choses de ce monde, tandis la voix du Soi, ruisseau discret et murmurant en continu ses conseils de sagesse aux oreilles de l’homme, redeviendrait de nouveau quasi imperceptible pour la majorité des êtres humains, comme de toute éternité.


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Toute l’histoire de l’humanité n’est qu’un grain de poussière en comparaison de l’histoire de la Terre ; cette Terre qui elle-même n’est qu’un flocon d’écume dans l’océan du cosmos ; ce cosmos qui n’est peut-être, en somme, qu’un songe éphémère du divin, dût-il perdurer encore des dizaines de milliards d’années, en regard de la possible infinité des cycles de création divine, dont le but ne peut que nous échapper, fût-on un mystique majeur.


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Personne, à mon avis, dans son incarnation terrestre, ne saurait vivre en permanence relié à la voix du Soi, que cette voix soit celle de notre propre esprit dans son assise éternelle, d’un guide spirituel désincarné mandaté par la hiérarchie céleste, ou, tout simplement, la voix de de la Source divine résonnant à tout instant, de façon invincible, au sein de toutes les âmes de sa création ; voire les trois à la fois, ou à tour de rôle, selon les circonstances. Personne, disais-je, pas même Siddhārtha Gautama, Lao Tseu ou Jésus de Nazareth, parce que telles sont les lois universelles de l’incarnation, où tout n’est qu’épreuves et expériences, en dehors de quelques bref îlots de béatitude ou de sérénité. En somme, ce à quoi il faudrait s’efforcer de parvenir, c’est de se maintenir sur cette ligne de crête où l’on respecte, et prend soin, des plus profondes aspirations de l’égo (tout en tenant en bride les désirs susceptibles de nous entraîner au déséquilibre psychique, au chaos mental, voire au mal), sans cesser un seul moment de demeurer à l’écoute du Soi qui, même lorsqu’on n’a pas la force ou la volonté de suivre son avis en raison d’une prédominance irrésistible dudit égo, nous servira toujours néanmoins de garde-fou en limitant les éventuels dégâts liés aux besoins impérieux de celui-ci. Pour un être humain qui veut se garder des postures morales, des fausses paroles de sagesse, et des mensonges à soi-même (les plus pernicieux et les plus vils), réussir à s’en tenir à cela la plupart du temps est déjà une très bonne chose.


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Tous les mystiques chrétiens, juifs ou soufis, les yogis hindouistes, les contemplatifs bouddhistes, et autres saints hommes avérés de toutes les traditions spirituelles d'où qu'elles proviennent, lorsqu’ils sont entièrement sains d’esprit et honnêtes envers eux-mêmes, connaissent nécessairement des moments de doute véritable, en dépit de leurs plus puissantes intuitions, de leurs illuminations, de leurs visions, voire de leurs décorporations, pour ce qui est de la réalité du monde spirituel, eu égard à l’écrasante présence de l’incarnation et de la matérialité terrestres, dont personne ne peut nier l’influence de chaque instant sur la vie humaine. Même pour ce type d’hommes, certes, il y a toujours un certain effort mental à effectuer afin de mettre en sourdine la voix sceptique de la « raison », qui, outre qu’elle est la voix de l’égo rempli de peur et d’incompréhension, est peut-être aussi la voix de toute cette pauvre chair éphémère qui abrite notre âme sur terre ?

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