Littérature populaire contre grande littérature ? 1
- christophe lartas
- 12 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 juin
Littérature (littérature populaire) 6 Littérature populaire contre grande littérature ? 1

Littérature populaire contre grande littérature ? 1 Littérature (littérature populaire) 6
Je ne parlerai pas ici de la littérature « populaire » contemporaine produite à un rythme infernal par l’industrie culturelle mondiale, d’autant plus que je ne lis quasiment plus les livres de ces temps, très ennuyeux équivalents de l’élevage en batterie. Certes, j’ai pris grand-plaisir à lire la mastodontesque saga (encore inachevée, hélas) de George R. R. Martin, Un Chant de Glace et de Feu, mais cet auteur né en 1948 n’est pas de ces générations de créateurs biberonnés à l’insane « politiquement correct », outre qu’il est un authentique écrivain. Ce à quoi je voudrais réfléchir ici, de la façon la moins sophistiquée possible, c’est à cette question : parler de « littérature populaire » à propos de certaines œuvres ayant survécu à la mort de l’auteur et au passage du temps est-il vraiment pertinent ? Je le dis d’emblée, je suis loin d’être un spécialiste en la matière, ayant peu lu ce qu’on appelle, par exemple, des « romans populaires » ; mais nul besoin de connaissance approfondie pour une réflexion qui se veut générale. Par ailleurs, ai-je vraiment peu lu des « romans populaires », moi qui ai dévoré durant mon adolescence nombre de récits fantastiques ou de science-fiction, sans parler de mes périodes roman policier ou roman noir... ?
Au fond, quand je repasse le film à l’envers, il se trouve que que les deux auteurs qui ont sans doute déterminé en grande partie mon destin d’écrivain, à savoir Poe et Lovecraft, ont longtemps été considérés comme des auteurs « populaires » aux États-Unis (peut-être est-ce le cas aujourd’hui encore?) ; en France, ce fut assez différent pour Edgar Poe, eu égard à la très magnétique traduction de Charles Baudelaire qui a, peut-être, amélioré sensiblement le style d'Edgar Poe… ? Quoi qu’il en soit, non, je n’ai pas commencé avec Melville, Proust ou Hawthorne… Et il y eut également Ray Bradbury, Jean Ray et Stephen King, outre les innombrables romans de « genre » mentionnés plus haut. Et si Kafka, Baudelaire, Michaux, Cioran, Lautréamont ou Dostoïevski, par exemple, ont vite rejoint le duo Nord-Américain (outre mes lectures de Stendhal ou Tolstoï), je n’ai jamais cessé par la suite de lire et découvrir de grands auteurs ou de grandes œuvres de la « littérature populaire ».
J’ai lu de même très tôt le Frankenstein de Mary W. Shelley, le Dracula de Bram Stoker (peu apprécié, d’ailleurs), Notre-dame de Paris de Victor Hugo ; j’ai dévoré à une époque plus tardive, étrangement, les grands romans mondialement connus d’Alexandre Dumas, L’Appel de la forêt, le Loup des mers et Croc-Blanc de Jack London, certains Jules Verne (qui ne m'ont pas laissé, avouons-le, un souvenir impérissable), mais également Les Mystères de Paris d’Eugène Sue, le cycle Hercule Poirot d’Agatha Christie, puis, plaisir suprême, le cycle du Commissaire Maigret de Georges Simenon (qu’il dénommait lui-même « œuvres semi-littéraires » : quelle modestie, pour le coup)… Je pourrais citer encore quelques romans emblématiques populaires comme Le Parrain de Mario Puzo, Le Nom de la rose d’Umberto Ecco ou Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell… Par contre, bizarrement, je n’ai jamais eu l’occasion de lire Le Bossu de Paul Féval, le Shōgun de James Clavell, le cycle Arsène Lupin de Maurice Leblanc (j’avais pourtant adoré, enfant, la série télévisée consacrée au personnage), le cycle Fantômas de Pierre Souvestre & Marcel Allain, voire Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough. J’ai à peine lu Charles Dickens (David Copperfield), quant aux Rois maudits de Maurice Druon, j’en ai abandonné tantôt la lecture en cours de route, définitivement ; cette œuvre est trop peu habitée pour moi, trop peu imprégnée d’âme, et si elle survit, sans conteste, à son auteur, cela est davantage dû, je crois, au prestige de l’histoire de France, qu’au tempérament d’écrivain de ce dernier. Je ne peux me rappeler (!), par ailleurs, si j’ai lu jadis Les Aventures de Tom Sawyer et Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, ou Le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper.
Je boucle la première partie cet article en revenant aux « romans durs » de Simenon (l’expression est de lui), que j’ai lus (et certains déjà relus plusieurs fois) en grande partie, et je reprendrai là-dessus puisqu’il est de fait que je ne considère plus, depuis beau temps, Simenon comme un grand «romancier populaire », plutôt comme l’un des plus grands romanciers de tous les temps — sinon le plus « grand » — avec Tolstoï, Dostoïevski, Balzac et Zola.
(04 novembre 2024)